Les gens qui en valent la joie

Savez vous combien de temps dure une cassette audio ?

Réponse : des millions de smileys.

Quand j’étais enfant, ma mère enregistrait parfois une cassette audio pour raconter à quelqu’un d’important une vie entière : ses émotions, ses souvenirs, ses joies, ses silences.

Quatre-vingt-dix minutes.

Quatre-vingt-dix minutes d’histoires, de contextes, de rires d’enfants en fond sonore.

On entendait parfois une porte qui claque, un chat qui miaule, une voix qui demande quelque chose dans une autre pièce. Et puis cette phrase :

“Où est-ce que j’en étais déjà ?”

Toute une famille vivait sur une bande magnétique,

Comme une lettre manuscrite . Mais qui respirait.

Sans nostalgie, je suis l’enfant d’une époque où on se parlait peu, mais longtemps.

Des conversations qui refaisaient le monde.

Des encyclopédies imaginaires qui naissent et s’effondrent quelques heures plus tard.

Des promesses de vie.

Des projets.

Des attentes.

Des visions complètes de notre vision du monde.

Sans regret, je suis l’adulte d’une époque où les mots sont courts, brillants, efficaces.

Ils traversent les continents en un clignement d’oeil.

Ils passent d’un écran à l’autre comme des bolides sur l’autoroute.

Ils franchissent des dizaines de magnifiques paysages sans jamais s’arrêter.

Parfois, je suis comme l’autostoppeur sur la bande d’arrêt d’urgence.

Avec un carton qui dit “une simple conversation”.

Je sais bien qu’à 130 km/h, personne ne freinera,

Ce serait absurde.

Les voitures passent, certaines klaxonnent,

Ou me saluent de la main, en continuant leur route.

Et pourtant, je suis encore ici.

À écrire.

Et toi à me lire.

“Je préfère les gens qui en valent la joie que les gens qui en valent la peine”

Powered by WordPress.com.

Up ↑