Le roman secret de l’homme qui attend – Chapitre 2 : La lumière

Autre histoire.

Autre époque.

D’autres murs.

D’autres lumières.

D’autres visages.

Le soleil éclaire la danse de dizaine de stylos griffonnant leur papier

Une chorégraphie d’une danse chantée par le professeur.

Elle était assise au deuxième rang

Toujours à la même place, jamais en retard

Une élève studieuse, parfois un peu rêveuse, toujours heureuse,

La certitude tranquille que les petits bonheurs du quotidien suffisent à remplir une vie.

Les amis,

La famille,

Les mathématiques,

Le reste important peu.


C’est pour cela qu’elle le remarqua.

Au fond de l’amphithéâtre. Toujours au fond.

En train d’écrire . Toujours avec le même carnet.

Jamais le cours, jamais les équations, Toujours autre chose.

“C’est qui ?” “Un gars un peu creepy, il a de drôle de sujet de conversation”

Son sort social était déjà jeté.

Pourtant, les jours passaient, elle continuait à l’observer.

D’abord par amusement, puis par curiosité,

Elle se mit à suivre presque intriguée la chorégraphie quotidienne que personne ne remarquait.

Toujours le même chemin, toujours les mêmes gestes, toujours les mêmes horaires,

Une poignée de main adressée à l’agent d’entretien, un sourire bienveillant,

Une pièce de 5 francs posée gratuitement sur le distributeur de café,

Sans rien acheter .

“Pourquoi il fait ça ?”

Tous les jours


Le 6 janvier, quelque chose changea.

Un bébé quelque part pleurait de douleurs abdominales

Sa mère est en retard,

Un bus s’arrête,

Deux minutes de perdues, il manque son train,

Cette fois-là, il presse le pas, coupe les couloirs,

Percute un angle de mur, de son carnet s’échappe une feuille qui tombe au sol,

Une simple feuille pliée en quatre.

Qu’elle ramassa sans réfléchir,

“Je lui rends demain”


Le lendemain passe, et le suivant, chaque jour, la feuille reste dans sa poche :

“Demain”

Elle le croise parfois au détour d’un couloir, toujours le même carnet, toujours le même pas, ce regard absent.

“Je lui rends demain” . Demain ne venait jamais, les semaines passaient,

Et la feuille devint une question, une énigme, une chose qui occupait ses pensées,

Des réponses suggérées, d’autres questions encore, et cette feuille qui restait.

Alors, pour savoir, elle commença à le suivre.

Quelques pas, puis jour après jour, elle devinait le cheminement.

Elle poursuivait une ombre, de plus en plus loin,

“Il est passé dans ce couloir, jusqu’à l’étage, mais après je ne sais pas”

“Demain, je continuerai à chercher”

Jusqu’au jour où elle le trouva seul, dans la lumière,

Au bout d’un couloir, entre deux portes fermées .


“Euh … je me suis perdue”

Mauvais mensonge . Il sourit.

“Je crois que tu as quelque chose pour moi”

Elle sentit son cœur manquer un battement

“Est-ce que tu l’as lu ?”

“Non”

Elle mentait mal

“Tu veux voir quelque chose de sympa ?”

Il sortit une montre, une simple montre à trotteuse.

“Regarde bien”

L’ aiguille freina sa course, puis s’arrêta.

Elle cligna des yeux.

“Comment tu fais ?”

La trotteuse repartit.

En arrière

“Ta trotteuse déconne”

Il sourit de nouveau

“Ce n’est pas la montre qui recule. Regarde dehors”

Elle se figea . Bouche ouverte . Les frissons dans le dos.

“Tout va bien” . Il était calme . “Tout va revenir à la normale”.

Il commençait à marcher,

“Viens . Je vais t’expliquer”

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